La “course” à l’IA
L’IA générative et les LLM ont créé un bouleversement dans nos habitudes, tant personnelles que professionnelles, et sont rapidement devenus un gain de temps et d’énergie indispensable pour beaucoup. Arrivés de manière inattendue pour une grande partie du public, ils ont rapidement inondé le marché, se sont diversifiés et imposés comme une nouvelle norme dans notre paysage numérique.
Si l’IA se révèle être une aide facile et rapide à mettre en place, actuellement peu coûteuse, puissante et appréciée par les salariés dans le cadre professionnel, les inconvénients qu’elle amène commencent également à faire surface. Il reste cependant difficile de mesurer ses impacts à long terme, notamment à cause du manque de recul sur les usages, mais aussi du manque de contrôle et d’accompagnement autour de son développement et de son adoption.
Chacun peut aujourd’hui créer facilement une IA ou un agent conversationnel et l’utiliser pour un but plus ou moins général ou précis. Notamment dans le design de recherche, les LLM peuvent être extrêmement intéressants pour faire ressortir de manière efficace et précise des verbatims et des insights qui définissent clairement les attentes et les besoins des utilisateurs sur un produit précis. Avec des entretiens qualitatifs réalisés au préalable, les UX peuvent alors générer un agent qui représentera le persona ciblé et pourra, à moindre coût, lui proposer des designs qui pourraient lui correspondre et avoir des retours qualitatifs.
L’IA peut donc représenter une véritable opportunité : automatiser des tâches répétitives, synthétiser rapidement de grandes quantités d’informations, faciliter certaines analyses ou encore permettre de tester plus rapidement des hypothèses. Elle permet également d’accéder à une puissance de calcul et de traitement qui était auparavant difficilement accessible à une grande partie des utilisateurs.
Mais cette facilité d’accès et cette rapidité d’adoption soulèvent une question : sommes-nous réellement prêts à intégrer aussi rapidement ces technologies dans notre quotidien ?
Est-ce que la fin justifie les moyens ?
Peut-on accepter de faire des sacrifices pour l’avancement de notre civilisation ?
Tout comme les grandes révolutions de chaque époque, les avancées, qu’elles soient technologiques, sociétales, médicales ou scientifiques, ont parfois pu exister grâce à un coût ou des sacrifices humains, sociaux ou environnementaux parfois extrêmes.
La course à l’IA n’est donc pas sans conséquences.
Tout comme les grandes avancées technologiques qui l’ont précédée, l’IA entraîne elle aussi des conséquences liées à la rapidité avec laquelle elle s’impose. L’histoire nous montre que certaines innovations ont été développées dans un contexte de compétition intense, parfois au détriment de considérations éthiques, humaines ou environnementales.
On peut notamment penser à la course à l’arme nucléaire, développée dans un contexte de guerre et de compétition scientifique, à la course à l’espace entre les États-Unis et l’URSS, ou encore aux nombreuses innovations technologiques développées pendant les périodes de guerre. Ces exemples montrent à quel point la recherche de puissance, d’efficacité ou d’avance technologique peut parfois prendre le dessus sur la réflexion concernant les conséquences de ces avancées.
Mais l’objectif n’est évidemment pas de comparer directement ces événements à l’IA, ni de considérer que toute innovation nécessite un sacrifice. La question est plutôt de savoir jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour ne pas prendre de retard ?
Aujourd’hui, cette logique de compétition se retrouve dans le développement de l’IA. Les entreprises cherchent à développer les modèles les plus performants, les États à ne pas perdre leur souveraineté technologique et les organisations à intégrer ou créer ces outils pour rester compétitives. Dans cette course, le risque est de privilégier la vitesse de développement et d’adoption avant même d’avoir pleinement compris les conséquences de ces technologies.
Les premières conséquences commencent pourtant à apparaître : transformation des métiers et des organisations, évolution des compétences nécessaires, dépendance aux outils, risques de biais et de désinformation, effets potentiels sur nos capacités cognitives, mais aussi consommation importante de ressources énergétiques et matérielles.
Comme Prométhée qui se sacrifie pour apporter le feu, symbole de connaissance et d’évolution de l’espèce humaine, aux Hommes, notre génération devra-t-elle, elle aussi, accepter certains sacrifices au nom du progrès et du bien de l’Humanité ?
Ou devons-nous plutôt apprendre des révolutions précédentes et prendre le temps de définir les limites que nous souhaitons donner à cette nouvelle technologie ?
Alors selon vous : s’il n’y a pas de fumée sans feu, est-ce que cela vaut vraiment le coup d’en produire ?
